Prologue
J'ai nourri mon esprit d'un chant mystérieux
J'ai abreuvé mes rêves, mon âme et mes yeux
De forêts de bouleaux sous un ciel bleu d'azur
Mais le ciel se couvrit de nuages impurs
Et de poignants désirs devinrent mon tourment :
Sentir, vouloir être autre, et vouloir autrement
Vibrer, vivre et aimer. Etreindre cette envie
Du souffle, du corps, de la chair et de la vie!
J'ai cherché mon pays, enfant perdu des plaines
J'ai cherché dans ma nuit les secrètes haleines
Des bois printaniers et des champs mûrs d'été
Des mousses parfumées, souvenirs émiettés
De temps qui furent miens avant de disparaître
Tableaux verts d'un pays qui un jour m'a vue naître
J'ai cherché la contrée de la foi qui fut mienne
Je meurs dans l'oubli : faites que je me souvienne!
Je m'enfuis, chaque nuit, dans la sainte pénombre
De ces clairs souvenirs qui foisonnent en nombre
Un peu plus loin de vous, mais plus près de mon âme
Un peu plus près d'un dieu qui jamais ne condamne
Et jamais ne rejette son enfant terrible :
Ce n'est point le Très-Haut qui règne dans la Bible
Je ne sens point le froid, je ne sens plus le temps
Mes rêveries défilent, mon cœur se distend
Et j'entends s'élever, silencieux, le mystère
De mes aïeux qui dorment sur une autre terre
Non, ne me jugez donc pas, vous dont la patrie
Enorgueillit votre âme. La mienne est meurtrie
Peu m'importent vos contes et vos traditions
Je ne peux faire miens vos rêves, vos passions
Prenez-moi s'il vous plaît pour une énergumène
Mais laissez-moi mes songes que je m'y promène
En toute liberté... Mon pays est de vers
Mon pays est l'été flamboyant en hiver
Mon pays, mon Unique est le mot qui descend
D'une étoile éplorée, d'un ciel évanescent
Où l'amour est la Loi, où l'espoir naît du Verbe
Où règnent Harmonie et Nature superbes...
D'où me viens-tu donc, chère nostalgie coupable ?
De quel amour perdu, quel geste regrettable ?
Pourquoi quand je souris mon cœur se sert ainsi ?
Pourquoi tout mon être se sent-il en sursis ?
N'est-ce pas suffisant d'avoir perdu sa terre
Les siens, ses rêves fous, et traîner sa misère
Intérieure? La cacher - O lèpre honteuse !
Aux regards plein de vie, aux âmes amoureuses!
Nostalgie étrange, lèveras-tu tes voiles
Que me touche la sainte clarté des étoiles?
Que mes yeux se dessillent, et que sur mon front
Se pose la lumière pour laver l'affront
Que fait mon regard dur aux broutilles charmantes
Des pinsons amoureux près des berges dormantes?
Je vous regarde mais vous ne me voyez pas
Je vous suis inconnue moi qui suis tous vos pas
Vous pensez bien savoir, vous pensez me connaître
Vous marchez près de moi quand en moi je sens naître
Une mélancolie, cette tristesse étrange
Je vous souris pourtant, vous appelle « mon ange »
Car ange, vous l'êtes bien aussi sûrement
Que je puis être démon à certains moments
Rien n'est blanc, rien n'est noir- Hé ! tout serait-il gris?
Et pourtant par un rien je puis être attendrie
Par un arbre, un bourgeon, une épaule menue
Le chant gai du printemps, ta jambe qui court nue
Le soleil qui pare ton front d'une couronne
Vous riez ? Je rêve ! Que le ciel me pardonne
Je rêve, je ne puis rester les yeux ouverts
Et tandis que je rêve, les gens de travers
Me regardent. Allons, il n'est plus temps de fuir
Aux portes de ma vie, il me faut revenir
Auto-portrait
Vous peindrai-je un portrait qui ne soit narcissique?
Dans la tête l'amour, dans le cœur le mystique
Du vent pour tout habit, du rêve pour atours
Insatiable, instable, lunatique toujours
Lorsque j'étais enfant, je voulais être prêtre
Je voulais toucher Dieu, les anges et connaître
De la vie, de la mort, les mystères profonds
Et aux heures nocturnes où tout se confond
Je regardais le ciel. Dans les ombres muettes
J'écoutais les vents aux voix pures et fluettes
Me conter les champs d'or où dormait le soleil
Les cimetières boisés du dernier sommeil
Et les forêts perdues à la sève odorante
O grisants souvenirs d'une enfance charmante !
Que le temps était doux entre jeux et sourires
Regarder dans le ciel les nuages décrire
De fabuleux chemins, de blanches arabesques
Egrener des projets fous et funambulesques
Et pouvoir tout rêver, et penser tout pouvoir
Et sentir mille fois, s'émerveiller de voir
S'épanouir la vie en un chant magnifique
Aux couleurs de l'espoir dans ce monde magique
Qu'est celui du songe mêlé à la nature
Grandir libre, être aimé, enivrante aventure !
De ce temps bienheureux, de ce temps de lumière
Il me reste un sourire, un ciel bleu en mon cœur
La douceur d'un parfum, le rire de ma mère
Et la force de croire en un amour vainqueur
Je grandis dans la joie, le rêve et l'espérance
Sans penser à demain, aux destins qui chavirent
Je ne connaissais rien des terribles souffrances
Qui condamnent les âmes aux vils repentirs
extrait de "état de siège" Monika Gollet
