Noces de cendres
Toi.
Le monde, je ne le voyais que par tes yeux.
Ton rire était mon rire, ta douleur ma douleur, ta mélancolie, ma
mélancolie, ta peur ma peur et mon cœur n'a jamais répondu
qu'au battement de ton cœur, écho de ton souffle et de ta
passion.
Dis, où était partie ta passion ?
Dis, où était parti ton rêve ?
Dis, où était parti ton sourire ?
Tes yeux étaient mes yeux. Le monde n'existait que par Toi.
Dis dans quel contrée est parti ton regard ?
Je suis seule aujourd'hui, plus seule encore que lorsque ta main
s'était éloignée de la mienne, que lorsque tes mots avaient fui les
miens pour me revenir ensuite en pleine poitrine.
Je suis seule aujourd'hui, plus encore que lorsque ta peur et ta
colère, ton indifférence et ton incompréhension
m'encerclaient.
De Toi me voilà orpheline.
Le sang vidé de ma poitrine.
Dis où est à présent mon cœur ?
Loque sanglante ensanglantant mes nuits ?
Dis où est à présent mon âme ?
Brûlée mille fois dans le désert de l'Angoisse au soleil Noir de la
Folie ?
Pourquoi m'avoir relevée ?
Pourquoi avoir réveillé mes mots ?
Pourquoi m'avoir offert les maux
Blessure ouverte, mon espoir mort-né...
Je n'ose t'écrire. Je n'ose te regarder. Je fuis ton ombre, Je
fuis ton image, je fuis le son de ta voix et pourtant je me
souviens de chacun de tes gestes que j'ai aimés, de chacun de tes
regards que j'ai contemplés.
Avant...
Je n'ose te parler. Je n'aime pas ma voix qui se tait, cri
intérieur, hurlement féroce de cet amour au silence condamné.
Je n'ose te sourire car ce ne serait pas un aveu mais la
dissimulation de ma douleur.
Je me tais.
Ce soir 11 mars, cela aurait fait 5 ans... Et je me souviens de
tout comme si c'était hier, hier avant les ouragans, avant la
tristesse, avant les larmes, avant les sanglots. Hier tout vêtu
d'espoir, hier bleu dans tes yeux verts, hier charmant, innocent,
ensorceleur, hier plein de poésie et de parfums.
Ce soir je creuserai un grand trou dans le jardin sous les feux
des étoiles et j'ensevelirai hier dans son linceul de clair de
lune.
Puis après avoir brûlé mes derniers vers, je les répandrai sur le
corps de mon cœur juste au creux de la terre afin que jamais
les toujours d'hier ne reviennent me hanter.
