Il m’a dit
On n’écrit plus – savez-vous ?- de cette manière
Laissez la rime du vers rejoindre l’oubli
L’alexandrin est mort et la mode dernière
Est d’écrire en prose poétique la vie
Il m’a dit
Nous avons fait de grands efforts en écriture
Notre siècle est moderne et vos vers sont puérils
De quoi vous mêlez-vous ? De la littérature ?
Votre métrique reste celle des exils !
Il m’a dit
Excusez, s’il vous plaît, cette lettre brutale
Joignez-vous à l’effort de renouvellement !
Et jetant dans la boue mes rêves de cristal
Il partit. Je pensai : Votre poésie ment
Que m’importe vos mots, il ne sont que blasphèmes
Que savez-vous, impie, des musiques du cœur ?
Vous n’êtes qu’un marchand, non l’ami des
poèmes
Juste un mercantile néo rhétoriqueur !
Dois-je ainsi pour vous plaire entraver ma pensée
Réduire à vos formes les voix de l’Infini
Museler la muse qui m’offre des brassées
De fleurs et de senteurs chaque jour de ma vie ?
Les mots vont. Ils coulent comme un libre torrent
Entre pierre et roseau, entre mousse et verdure
Rien ne peut arrêter leur essor conquérant
L’harmonie des vers est la seule qui perdure
monika gollet, février 2010
